FESPAM 2025 : la persistance d’un rêve africain à l’épreuve du réalisme

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La 12e édition du Festival panafricain de musique (FESPAM), qui s’est tenue du 19 au 26 juillet 2025 à Brazzaville, dans un format réduit, pose avec acuité la question de la pérennité et de la portée d’un projet qui incarne pourtant un idéal noble : celui des Pères fondateurs de l’Afrique indépendante. Pensé comme un outil d’affirmation culturelle et politique, le FESPAM visait à hisser l’Afrique au rang des grandes civilisations par l’entremise de la culture, cette arme douce mais puissante.

C’est un rêve fondateur chargé d’espoir. Depuis les États généraux de Paris (1956) et de Rome (1959), les intellectuels africains affirmaient l’urgence d’un espace dédié à l’expression de l’âme africaine. Dakar en 1966, Alger en 1969, Lagos en 1977, furent les premières tentatives concrètes pour faire éclore ce rêve. Chacune de ces étapes a inscrit dans l’histoire le désir d’un continent de parler de lui-même, en ses propres termes, en valorisant ses expressions artistiques et spirituelles.

C’est dans cette lignée que le FESPAM est né en 1996, porté par l’OUA (devenue UA), avec la République du Congo pour terre d’accueil. Le choix du Congo, pays de culture et de talents, donnait à cette initiative une assise géographique et symbolique forte.

Une 12e édition sous contraintes

Mais près de 30 ans après son lancement, le FESPAM semble lutter pour maintenir le souffle de ses ambitions initiales. La 12e édition de 2025, organisée dans un format réduit au Palais des congrès de Brazzaville, traduit une tension croissante entre l’idéal panafricain et les réalités économiques, logistiques et politiques du moment.

Si l’événement a bien eu lieu — ce qui, en soi, constitue un mérite — il a souffert d’un certain essoufflement en termes de rayonnement continental, de mobilisation populaire et de diversité artistique. Réduit à une semaine, centré essentiellement sur des prestations nationales ou régionales, le FESPAM semble avoir perdu de son éclat d’antan, où la rencontre entre les peuples, les artistes, les chercheurs et les décideurs faisait l’essence même de la manifestation.

Continuer malgré tout : entre fragilité et résilience

Faut-il y voir une fin annoncée ? Pas nécessairement. Le maintien même d’un FESPAM, malgré les contraintes budgétaires et logistiques, prouve que l’Afrique n’a pas totalement renoncé à sa vocation de parler au monde par sa culture. Toutefois, il devient urgent de réinventer le format : alléger la structure, renforcer l’ancrage communautaire, ouvrir davantage aux jeunes créateurs, penser numérique et partenariats culturels innovants.

Plus encore, le FESPAM gagnerait à redevenir un outil stratégique panafricain, porté collectivement par les États membres de l’UA, avec un financement structuré et une gouvernance modernisée. Car si la culture est une arme, encore faut-il en entretenir le tranchant.

La 12e édition du FESPAM nous rappelle que les rêves, même fragiles, méritent d’être portés. Il revient désormais aux générations actuelles de ne pas se contenter de célébrer l’héritage des pères fondateurs, mais de le réactualiser, avec audace, dans un monde en pleine mutation. Car la culture africaine, dans sa richesse et sa pluralité, demeure l’un des leviers les plus puissants pour faire entendre la voix du continent sur la scène mondiale.

Juslie Lebongui

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