Paul Biya, 92 ans, s’accroche au pouvoir : un système verrouillé confirmé par un huitième mandat

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Quarante-trois ans après son arrivée au pouvoir, Paul Biya demeure maître incontesté de la scène politique camerounaise. À 92 ans, le doyen des chefs d’État en exercice dans le monde a été réélu pour un huitième mandat, confirmant la résilience d’un régime souvent accusé d’être verrouillé et imperméable au changement. Pour de nombreux observateurs, cette nouvelle victoire n’est pas seulement un résultat électoral, mais le symbole d’un système façonné pour durer, malgré les crises, les contestations et l’usure du temps.

Le Conseil constitutionnel a proclamé les résultats : 53,66 % des voix pour Paul Biya. Face à lui, son principal challenger, Issa Tchiroma Bakary, ancien compagnon de route devenu opposant, revendique pourtant la victoire et affirme avoir obtenu 54,8 % des suffrages. Il dénonce un « hold-up électoral » et appelle les Camerounais à descendre massivement dans la rue pour « défendre leur choix ». Selon les autorités, Issa Tchiroma n’aurait rassemblé que 35,19 % des voix.

Cette contestation a plongé les villes du pays dans une atmosphère de tension. À Douala, capitale économique, la colère a viré au drame : quatre personnes ont été tuées dimanche lors d’une manifestation de soutien à l’opposant. Des témoins racontent que les forces de sécurité ont d’abord lancé des gaz lacrymogènes avant de tirer à balles réelles, une scène qui rappelle la fermeté avec laquelle le pouvoir répond depuis des décennies à toute tentative de remise en cause.

Issa Tchiroma Bakary, qui a rassemblé plusieurs milliers de partisans à travers ses meetings, symbolise un nouvel élan de l’opposition. Mais pour ses détracteurs, la bataille semble inégale face à un régime solidement établi, où institutions et appareil sécuritaire demeurent loyaux au président. Depuis 1982, Paul Biya a survécu aux crises économiques, à la contestation sociale, à la montée du séparatisme anglophone depuis 2016 et aux critiques internationales sur les droits humains.

Deuxième président seulement depuis l’indépendance du Cameroun en 1960, Paul Biya s’est progressivement imposé comme une figure quasi inamovible, concentrant les pouvoirs et marginalisant toute opposition. Sa réélection de 2025 ne marque donc pas une surprise, mais la continuité d’un règne dont beaucoup se demandent jusqu’où il s’étendra et à quel prix pour la démocratie camerounaise.

Rustine De Gloire

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