
Il est des moments où le football cesse d’être un simple spectacle (jeu) pour devenir un fait de société, un outil de projection nationale, un levier de réussite individuelle et collective. Ce que vient de poser le Sénégal en est l’illustration la plus éloquente.
En recevant les Lions champions au Palais de la République, le président Bassirou Diomaye Faye n’a pas seulement décoré une équipe victorieuse. Il a envoyé un message clair à toute une nation, à toute une jeunesse africaine : le mérite se récompense, l’excellence se valorise, la vision se planifie.
Soixante-quinze millions de francs CFA par joueur. Des parcelles de 1 500 m² sur la Petite Côte. Des primes substantielles pour les dirigeants, les encadreurs, les agents du ministère des Sports. Au-delà des chiffres, c’est une philosophie de gouvernance du sport qui s’affirme. Celle qui considère le football comme une carrière à part entière, une voie de promotion sociale, un investissement national rentable.
Le Sénégal récolte aujourd’hui ce qu’il a semé hier : une politique sportive structurée, un respect des athlètes, une continuité dans la formation, et une reconnaissance concrète des performances. Rien de magique. Rien d’improvisé. Tout est cohérent.
Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas ici d’indexer les autres pays africains, encore moins de nourrir des comparaisons stériles. Il s’agit de corriger ce qui ne va pas, de questionner nos priorités, de regarder lucidement nos propres modèles. Pourquoi tant de talents s’éteignent-ils faute d’accompagnement ? Pourquoi tant de victoires sont-elles célébrées sans lendemain structurant ?
Le football peut offrir une deuxième étoile et même plusieurs à chaque pays malheureux . Pas seulement sur un maillot, mais dans l’imaginaire collectif, dans la dignité des joueurs, dans l’espoir des jeunes. Encore faut-il que l’État joue pleinement son rôle : anticiper, investir, protéger et récompenser.
Le Sénégal montre la voie. Non par arrogance, mais par méthode. À chacun maintenant de s’en inspirer, avec lucidité et courage. Parce que le football africain ne manque pas de talents. Il manque parfois de vision.
Matin Libre Congo