Madagascar : quand le peuple ose, l’histoire s’ébranle

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Se plaindre en silence lorsque les conditions de vie ne sont pas bonnes n’est guère une solution. À Madagascar, le peuple a choisi de rompre ce silence étouffant. La bravoure des manifestants malgaches a payé au prix du sang, certes, mais aussi au prix d’un sursaut collectif qui pourrait marquer un tournant décisif dans l’histoire politique du pays.

La destitution du président Andry Rajoelina n’est pas seulement la chute d’un homme. C’est le symbole d’un rejet profond : celui d’un système jugé corrompu, inerte et déconnecté des réalités d’un peuple en souffrance. Les Malgaches n’en pouvaient plus de la pauvreté endémique, de la flambée des prix, de l’absence de perspectives et d’un État souvent réduit à une coquille vide.

Aujourd’hui, le pouvoir est tombé entre les mains des militaires. Ce scénario, malheureusement familier sur la Grande Île, suscite autant d’espoir que de crainte. L’armée malgache, forte de sa tradition d’intervention politique depuis l’indépendance, se présente une fois de plus comme un arbitre. Mais l’histoire récente du continent montre que les transitions militaires, aussi « nécessaires » soient-elles, débouchent rarement sur un changement profond sans une volonté populaire constante et une vigilance citoyenne durable.

Le changement n’arrive pas aussitôt. Il s’enclenche, doucement, parfois douloureusement. Le colonel Michael Randrianirina, désormais investi comme chef de l’État par la Haute Cour constitutionnelle, incarne ce moment d’incertitude : entre promesse de réforme et risque de confiscation du pouvoir. Tout dépendra de sa capacité à organiser une transition apaisée, inclusive et réellement tournée vers le peuple.

Mais au-delà du jeu politique, une vérité demeure : rien ne bouge sans courage. Le peuple malgache vient de rappeler à l’Afrique et au monde que la résignation n’est pas une fatalité. La rue, lorsqu’elle s’exprime dans la dignité, reste le dernier recours des peuples trahis.

L’espoir renaît donc, fragile mais réel. À condition que les acteurs politiques, civils et militaires se souviennent que le véritable vainqueur de cette épreuve n’est ni un parti, ni un général, mais bien le peuple, celui qui, une fois encore, a osé dire non.

Juslie Lebongui

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