UNESCO : la défaite du Congo, le triomphe des alliances

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Le Congo vient de perdre une bataille diplomatique d’envergure à l’UNESCO. Malgré plus de trente années d’expérience au sein de l’organisation, Firmin Édouard Matoko n’a pas réussi à s’imposer face à l’Égyptien Khaled el-Enany, désigné nouveau Directeur général. Une défaite amère pour le Congo, et pourtant l’homme incarnait compétence, loyauté institutionnelle et maîtrise des rouages onusiens. Mais la diplomatie internationale ne récompense pas toujours l’expertise ; elle consacre, plus souvent, les équilibres géopolitiques.

Firmin Édouard Matoko portait la candidature de la raison et de la mémoire. En prônant « la continuité du renouvellement », il voulait inscrire l’Afrique dans une dynamique de leadership crédible au sein du système multilatéral. Peu de candidats pouvaient se prévaloir d’une telle connaissance interne de l’UNESCO, où il a servi pendant plus de trois décennies. Par contre, cette légitimité n’a pas suffi à contrebalancer le rouleau compresseur diplomatique égyptien.

Khaled el-Enany, archéologue et ancien ministre du Tourisme et des Antiquités, avait pris une longueur d’avance. Sa campagne, lancée très tôt, fut soutenue à la fois par la Ligue arabe, l’Union africaine et plusieurs puissances européennes. Une coalition large, nourrie par des intérêts géostratégiques autant que culturels, a fini par faire pencher la balance. Le réalisme politique a triomphé sur la reconnaissance du mérite.

Cette élection révèle une vérité dérangeante : dans les grandes institutions internationales, la compétence seule ne garantit pas la victoire. Ce sont les alliances, la temporalité et la capacité d’influence qui dictent le résultat final. Le Congo, malgré une diplomatie active et sincère, n’a pas su construire à temps un réseau de soutien suffisamment structuré. L’Afrique elle-même, une fois de plus, s’est retrouvée divisée entre solidarités régionales et concurrentes.

Toutefois, cette défaite n’est pas sans enseignement. Elle rappelle l’urgence pour les pays africains de parler d’une seule voix lorsqu’ils prétendent à des postes de leadership mondial. Elle invite aussi le Congo à repenser sa stratégie diplomatique, à investir plus tôt, plus largement, et plus stratégiquement dans les campagnes internationales. Firmin Édouard Matoko quitte la scène électorale la tête haute, symbole d’un combat pour une Afrique compétente mais souvent oubliée des grandes tractations.

À l’UNESCO comme ailleurs, la bataille pour la représentation africaine continue. Le Congo vient de perdre une élection, mais il ne doit pas perdre la conviction que sa voix compte à condition de la faire entendre avec méthode, unité et anticipation.

Juslie Lebongui

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