Nigeria : Aliko Dangote engage le bras de fer judiciaire pour alimenter sa méga-raffinerie

Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique, passe à l’offensive. Faute de pouvoir s’approvisionner en brut nigérian pour faire tourner sa gigantesque raffinerie de Lekki, le magnat du ciment reconverti dans l’or noir a décidé d’attaquer l’État fédéral en justice. En ligne de mire : la Nigerian Upstream Petroleum Regulatory Commission (NUPRC), accusée de ne pas faire respecter la priorité nationale en matière de fourniture de pétrole brut.
Dotée d’une capacité de raffinage de 650 000 barils par jour, l’usine-phare de Dangote aurait dû marquer une nouvelle ère d’autosuffisance énergétique pour le Nigeria. Mais la réalité est tout autre : contraint d’importer près de 10 millions de barils par mois, principalement depuis les États-Unis. Dangote dénonce une entrave au Petroleum Industry Act (PIA). Une lettre de pré-contentieux et un ultimatum de 30 jours ont été adressés à la NUPRC. Sans réponse satisfaisante, une plainte sera déposée devant la Haute Cour fédérale d’Abuja.
Au cœur du litige : “ l’incapacité des autorités à faire respecter la section 109 du PIA, qui impose aux compagnies pétrolières de privilégier l’approvisionnement des raffineries locales ” nous explique Africa Intelligence. Or, selon Dangote, les majors présentes au Nigeria préfèrent écouler leur brut via leurs filiales de négoce, imposant au passage des frais supplémentaires jugés prohibitifs. « Au lieu d’acheter directement aux producteurs nigérians, nous sommes obligés de traiter avec des traders internationaux qui nous revendent notre propre pétrole… avec des primes élevées« , a-t-il fustigé à la conférence de l’industrie pétrolière ouest-africaine, tenue fin juillet à Abuja.
La NUPRC, quant à elle, pourrait se retrancher derrière un point juridique sensible : si le PIA évoque bien l’obligation d’alimenter les acteurs nationaux, il précise que les ventes doivent se faire d’un commun accord entre acheteurs et vendeurs. En d’autres termes, aucune autorité ne peut contraindre une major à vendre son brut à un acteur donné, quel que soit son poids dans l’économie.
L’affaire intervient alors que la raffinerie de Dangote peine à décoller. En 2024, une première plainte visait déjà la Nigerian National Petroleum Company (NNPC) pour importation illégale de carburants. Le président Bola Ahmed Tinubu avait dû intervenir personnellement pour que la NNPC vende du brut à Dangote… en nairas. Mais cette promesse n’a pas été tenue : les barils destinés au remboursement des dettes de la NNPC ont pris le dessus, et seuls six millions ont finalement été livrés.
Aliko Dangote joue désormais sa carte judiciaire dans une bataille aussi économique que politique. Et le sort de la plus grande raffinerie d’Afrique pourrait bien se jouer dans un tribunal d’Abuja.
Rustine De Gloire