Aubeville : la deuxième chance ne se négocie pas, elle se mérite

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Le 12 août 2026, Aubeville a ouvert une nouvelle page. Derrière les murs de ce centre de rééducation et d’insertion, des jeunes autrefois associés aux phénomènes de « kuluna », « bébés noirs » ou « katakata » se retrouvent désormais face à une réalité autrement plus exigeante : celle de la deuxième chance. Une chance accordée par le chef de l’État congolais, Denis Sassou Nguesso, mais qui ne prendra tout son sens que si ceux qui en bénéficient décident de la saisir pleinement.

Aubeville ne doit surtout pas être perçu comme un simple lieu où l’on enferme des jeunes pour les éloigner temporairement de la rue. Sa vocation est plus ambitieuse : transformer, éduquer, responsabiliser et préparer au retour dans la société.

Agriculture et élevage, maçonnerie, entretien, maintenance, restauration et hôtellerie : autant de métiers qui peuvent devenir les premiers outils d’une reconstruction personnelle et sociale. À condition de travailler, d’apprendre et de respecter les règles.

Car la réinsertion n’est pas un cadeau sans contrepartie. L’État peut offrir un cadre, des formateurs et des équipements. La société peut tendre la main. Les familles peuvent accompagner. Mais personne ne peut apprendre un métier à la place du jeune concerné. Celui qui entre à Aubeville avec l’idée de poursuivre les mêmes comportements qu’avant risque de passer à côté de l’opportunité qui lui est offerte. Celui qui accepte la discipline, l’effort et l’apprentissage peut, au contraire, sortir de ce centre avec un métier, une dignité et surtout une perspective.

Cette deuxième chance interpelle également les parents. La prévention de la délinquance commence bien avant l’arrivée dans un centre de réinsertion. Elle commence dans la famille, par l’éducation, l’écoute, l’encadrement et le dialogue. Elle se poursuit à l’école, où l’enseignant ne transmet pas seulement des connaissances, mais contribue aussi à former des citoyens.

Lorsqu’un jeune décroche, s’isole ou fréquente progressivement des milieux dangereux, l’indifférence peut coûter cher. Il faut intervenir avant que la rue ne devienne son unique école.
Aubeville doit aussi parler à tous les jeunes qui sont encore loin de la délinquance.

La rue peut parfois donner l’illusion de la puissance, de l’argent facile ou du respect. Mais derrière cette apparente liberté se cachent souvent la violence, la peur, les blessures, la prison et parfois la mort. Le véritable courage n’est pas de terroriser son quartier. Il est de résister à la pression du groupe, de poursuivre ses études, d’apprendre un métier, de travailler et de construire son avenir par des moyens honnêtes.

Extrait des bâtiments d’Aubeville dans la Bouenza

L’ouverture d’Aubeville est donc plus qu’un événement administratif. C’est un pari sur l’humain. À ces jeunes, la République dit en quelque sorte : vous avez commis des erreurs, mais votre histoire ne doit pas nécessairement s’arrêter là. À eux maintenant de répondre par les actes. La deuxième chance leur est offerte ; à eux de la transformer en nouvelle vie.

Aubeville ne pourra véritablement réussir que si chaque acteur joue sa partition : l’État en garantissant les moyens et l’encadrement, les formateurs en transmettant leur savoir, les familles en accompagnant leurs enfants et les jeunes en acceptant l’effort et la discipline. Car réinsérer un jeune, ce n’est pas seulement le sortir de la délinquance. C’est lui donner les moyens de devenir utile à lui-même, à sa famille et à la société.

À Aubeville, la porte de la deuxième chance est désormais ouverte. Encore faut-il avoir la volonté de la franchir.

 

Juslie Lebongui 

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