
Le cinéma congolais s’apprête à vivre un moment fort. Ce samedi 22 novembre, à 17h30, le Centre Culturel Zola accueillera la sortie nationale de Violent, le nouveau long-métrage d’Albé Diaho. Après des avant-premières réussies au Congo et en France, et une sélection officielle à l’Émergence Film Festival de Lomé, le film arrive enfin devant le public brazzavillois, accompagné de toute son équipe.
Violent, produit par Cible Record Film et distribué à l’international par Sachrist Films, aborde de front un sujet encore trop souvent étouffé : les violences conjugales et la lente reconstruction des femmes qui choisissent de reprendre le contrôle de leur vie.

Un drame intime qui dit l’indicible
L’histoire suit Thérèz et Destin, jeunes parents projetés dans une spirale toxique après la découverte, presque anodine, d’un simple SMS. Le doute, la jalousie, la possessivité… Les fissures deviennent fractures. Thérèz, enfermée dans un quotidien de peur, s’enfonce avant de trouver la force de remonter à la surface. La rencontre décisive avec Félie, l’ex-fiancée de Destin, change le cours des choses et enclenche une reconstruction profonde.
En 65 minutes, Albé Diaho ne filme pas les coups. Il filme ce qui fait plus mal encore : les gestes qui blessent sans bruit, les silences qui écrasent, les regards qui contrôlent. Ce choix esthétique donne au film une charge émotionnelle rare, soutenue par une mise en scène épurée et des interprètes d’une justesse remarquable.
Un auteur engagé, une œuvre sincère
« Je voulais porter la voix de celles qu’on ne voit pas », écrit le réalisateur dans sa note d’intention. Né à Pointe-Noire, dans le quartier populaire de Rex, Albé Diaho de son vrai nom Alberich Fedrick Diahomba plonge son cinéma dans la réalité du quotidien congolais. Entre musique, écriture et observations sociales, il forge au fil des années un style mêlant poésie et réalisme.
Depuis ses débuts en 2008, il explore tous les métiers du 7ᵉ art. Sa filmographie en témoigne : Ma conscience et moi (2010), L’autre face de la vie (2012), Le choix (2016), puis le documentaire Ndulé rêve na biso (2018). En 2019, Diboulou fait éclore son nom au niveau continental : nomination aux Sotigui Awards, prix du meilleur scénario aux Kamba’s Awards, et consécration aux Sanza Awards. Premier film congolais diffusé sur Nollywood TV, Diboulou installe définitivement Diaho comme une voix à suivre.
Avec Violent, il confirme cette trajectoire. Scénariste, réalisateur et acteur, il signe une œuvre lucide, profondément humaine et résolument engagée.
Un film déjà tourné vers l’international
Sachrist Films, qui assure la distribution mondiale, voit en Violent “un miroir tendu à nos sociétés”. Le film devrait circuler dans plusieurs pays, entre projections, débats et festivals, dans la continuité de la ligne éditoriale du distributeur : mettre en lumière les voix fortes du continent et de la diaspora.
La sortie au Centre Culturel Zola marquera une étape décisive de ce voyage. Violent n’est pas seulement un film. C’est un appel à regarder en face une réalité douloureuse, à briser les tabous, à donner un nom à ce qui demeure souvent tu.
Un cinéma qui dérange, qui émeut, qui répare : Albé Diaho signe là une œuvre nécessaire.
Juslie Lebongui