La SNPC s’empare du gaz, le ministère des hydrocarbures grince des dents

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L’annonce de la création d’une direction « gaz et énergies nouvelles » au sein de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) a provoqué un véritable choc au ministère des hydrocarbures. Cette décision est d’autant plus mal accueillie qu’elle intervient alors que les experts du ministère venaient d’achever, après plusieurs années de travail, la rédaction du Code gazier. Ce texte prévoyait la mise en place d’un office national du gaz, désormais rendu presque inutile par l’élargissement des prérogatives de la SNPC.

Pour de nombreux cadres de l’administration, cette réforme révèle une volonté du pouvoir exécutif de renforcer la société nationale au détriment de sa tutelle. Le timing est particulièrement stratégique : le Congo tente de réorienter son économie, marquée par le déclin du pétrole, vers l’exploitation du gaz naturel liquéfié, soutenu par des partenaires tels que l’italien ENI et le chinois Wing Wah. En confiant ce virage à la SNPC plutôt qu’au ministère, le gouvernement redistribue clairement les cartes du pouvoir énergétique.

Ironie de la situation, c’est le ministre des hydrocarbures lui-même, Bruno Jean-Richard Itoua, qui a présenté cette réforme lors du conseil des ministres du 7 octobre, où elle a été adoptée à l’unanimité. Le président Denis Sassou-Nguesso a ensuite signé, le 15 octobre, le décret modifiant les statuts de la SNPC. Outre la nouvelle direction « gaz et énergies nouvelles », le texte crée un centre dédié à l’étude et à la gestion des données pétrolières, gazières et énergétiques. Une réforme que le ministre a défendue sans enthousiasme, conscient qu’elle renforce son rival de longue date, le directeur général de la SNPC, Raoul Ominga.

Le décret ne s’arrête pas là : il prolonge le mandat du directeur général de la SNPC à cinq ans, contre quatre auparavant. Dès le lendemain, un second décret vient reconduire Raoul Ominga dans ses fonctions, lui permettant de repartir pour un nouveau cycle, alors que son mandat devait s’achever en mars 2026. À l’approche des élections, cette reconduction est interprétée comme un geste politique de Denis Sassou-Nguesso pour s’assurer la loyauté d’un allié puissant à la tête de l’une des structures financières les plus stratégiques du pays.

Cette décision s’inscrit dans un contexte de rivalités anciennes. Les relations entre Bruno Jean-Richard Itoua et Raoul Ominga sont notoirement tendues, tandis que la SNPC, bien que placée sous la tutelle du ministère, jouit depuis longtemps d’une large autonomie. Selon une source proche, par le passé, seule la présence de Denis Gokana, conseiller spécial du président pour les questions pétrolières, servait de contrepoids à cette influence. Mais affaibli et absent de Brazzaville depuis plus d’un an, il laisse aujourd’hui un vide qui profite largement à la SNPC.

Une recomposition du pouvoir énergétique congolais est en marche, au risque de fragiliser l’équilibre institutionnel entre l’État, ses ministères et ses entreprises publiques.

Rustine De Gloire

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