Vidéo polémique de l’ambassade de France : quand l’humour diplomatique tourne au malaise

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Ce qui devait être une séquence humoristique destinée à dédramatiser la question des visas aura finalement produit l’effet inverse. En mettant en scène, sur un ton volontairement décalé, les difficultés rencontrées par les Congolais dans leurs démarches de visa, l’ambassade de France au Congo s’est retrouvée au cœur d’une controverse dont la portée dépasse largement les quelques minutes de la vidéo publiée le 26 juin sur Instagram de l’ambassade. Retirée après sa mise en ligne, la séquence continue pourtant de circuler et de susciter interrogations et réactions.

Au-delà de la maladresse communicationnelle, c’est surtout le choix de l’angle qui interpelle. Le visa n’est pas un sujet anodin pour les candidats au voyage. Il renvoie à des démarches longues, à des refus parfois difficiles à comprendre, à des frais engagés et, pour certains, au sentiment d’être soumis à un rapport profondément déséquilibré entre demandeur et puissance étrangère. En faire le ressort d’une parodie exigeait donc une particulière finesse. Or, lorsque l’humour s’appuie sur des frustrations réelles, la frontière entre autodérision et caricature peut rapidement s’effondre.

Le souci est également nourri par la représentation du demandeur congolais dans la vidéo. Même lorsqu’elle se veut humoristique, une communication institutionnelle n’est jamais totalement neutre. Les personnages, les costumes, les attitudes et les dialogues transcendent une certaine image du rapport entre celui qui demande et celui qui décide. Dans un contexte marqué par des débats récurrents sur les conditions d’accès aux visas français, le choix de tourner cette situation en dérision pouvait difficilement être perçu par tous comme une simple plaisanterie.

Or, cette affaire rappelle surtout qu’une ambassade n’est pas un influenceur ordinaire. Elle représente un État, une diplomatie et une relation bilatérale. Sa communication peut certes être moderne, créative et proche des publics, mais elle doit également tenir compte de la sensibilité du pays dans lequel elle exerce sa mission. L’humour peut rapprocher les peuples lorsqu’il est partagé ; il peut aussi créer une distance lorsqu’il donne le sentiment que l’on rit d’une situation vécue comme douloureuse par l’autre.

D’après la quintessence de ladite vidéo, une question essentielle se pose : comment une diplomatie moderne peut-elle communiquer avec les citoyens sans perdre de vue la responsabilité qui accompagne sa parole ? Le retrait de la vidéo par demande du ministère des affaires étrangères du Congo a peut-être permis d’éteindre l’incendie numérique, mais il ne règle pas la question de fond. Entre volonté de renouveler la communication diplomatique et nécessité de respecter les sensibilités locales, la France au Congo a appris malgré elle, qu’en diplomatie, même l’humour doit savoir où s’arrêter.

 

Juslie Lebongui 

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