
Au Burundi, la figure du pasteur évangéliste Chris Ndikumana dépasse désormais largement les frontières de l’Église. À la tête de l’émission Kanguka, il rassemble des milliers, voire des dizaines de milliers de fidèles au Burundi comme dans plusieurs pays africains et au-delà. Sa capacité de mobilisation, son audience populaire et la présence, dans ses rassemblements, de personnalités issues aussi bien du pouvoir que de l’opposition nourrissent une question : Chris Ndikumana serait-il devenu, de fait, un ambassadeur informel du Burundi ?
La question mérite d’être posée sans confondre foi et politique. Selon une analyse publiée le 25 août 2026 par Africa Intelligence, l’évangéliste bénéficie d’un environnement relativement favorable de la part des autorités burundaises, tandis que son influence intéresse les responsables du parti au pouvoir. Mais le même constat montre aussi que ses rassemblements ne se réduisent pas à des rendez-vous politiques. Des personnalités de sensibilités différentes peuvent s’y retrouver autour d’un même langage : celui de la foi, de la consolation et de l’espérance.
C’est peut-être là que réside la véritable singularité de Chris Ndikumana. Dans un pays marqué par une histoire politique et sociale douloureuse, l’Église peut-elle redevenir un espace où les différences s’effacent momentanément ? Lorsqu’un responsable de l’opposition et des cadres du pouvoir se retrouvent dans le même rassemblement religieux, ce n’est pas nécessairement un signe d’alliance politique. Cela peut aussi être le rappel que la société possède encore des lieux où le dialogue reste possible.
L’Église n’a certes pas vocation à gouverner à la place des institutions. Mais son rôle ne saurait être réduit à la prédication. Dans sa dimension sociale, elle peut rassembler les peuples, porter la parole de paix, consoler les familles meurtries et, lorsque les circonstances l’exigent, contribuer à rapprocher des protagonistes que la politique éloigne. C’est dans cette perspective que l’influence de Chris Ndikumana mérite d’être observée : non comme celle d’un homme politique déguisé en prédicateur, mais comme celle d’un acteur religieux dont la voix porte suffisamment loin pour devenir un instrument de cohésion.
Il faut toutefois garder la mesure. Une forte audience ne donne pas automatiquement un mandat politique, pas plus qu’une proximité apparente avec les autorités ne signifie nécessairement une instrumentalisation de la religion. Le véritable enjeu est ailleurs : que cette influence serve la paix plutôt que les divisions, le dialogue plutôt que la confrontation, l’espérance plutôt que la récupération. Si Chris Ndikumana peut contribuer, par l’Évangile, à faire dialoguer des Burundais que la politique oppose, alors son rôle d’« ambassadeur informel » pourrait prendre un sens bien plus noble : celui d’un passeur de paix, au service d’un peuple qui a besoin de se retrouver.
juslie lebongui